« Combat de la Bourgonce (6 octobre 1870).- Une brigade d’environ 6 à 8000 hommes (mobiles et francs-tireurs) commandée par le général Dupré * avait pris position en avant du village de la Bourgonce, sur les hauteurs qui dominent la rive gauche de la Meurthe, entre Raon et Saint-Dié. Elle fut attaquée le 6 octobre et résista avec plus d’énergie qu’on n’en pouvait espérer de troupes ainsi constituées. Le allemands perdirent environ 500 hommes ; les pertes françaises furent doubles. La retraite se fit à travers les bois, dans la direction de Rambervillers et d'Épinal. »
* Le général Dupré, colonel de gendarmerie, avait été nommé général à titre auxiliaire.
(Texte extrait de « La guerre de 1870 simple récit » du Général Niox édité en 1897).
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« A peine débarqué du train la brigade d’infanterie du général Dupré reçoit l’ordre de marche. Il s’agit de rejoindre des bataillons de mobiles et des groupes de francs-tireurs repliés au sud de la Meurthe à une dizaine de km de Saint-Dié, autour des villages de Nompatelize et de la Bourgonce. Les soldats de Dupré font une cinquantaine de km à pied et arrivent dans la nuit du 5 octobre à Nompatelize. Ils bivouaquent dans le froid et l’humidité. Au matin, alors qu’un épais brouillard enveloppe la vallée de la Meurthe, Dupré donne l’ordre de s’avancer vers Raon et Étival avec pour objectif d’atteindre le Donon dans la soirée. Le général Cambriels, pour sa part, avec d’autres unités, s’est avancé jusqu’aux Bruyères.Le soleil d’automne dissipe à peine le brouillard, que les soldats de Dupré se heurtent à l’avant-garde de l’armée du général de Werder. De part et d’autre, environ 5000 combattants sont engagés. Du côté français, alors que certaines unités se battent courageusement, les mobiles des Deux-Sèvres se débandent. L’artillerie allemande de campagne fait la différence. Dupré et plusieurs officiers sont blessés et, vers le soir, les allemands son maîtres du champ de bataille. »
(Texte extrait de « La guerre de 70 » de François Roth édité chez Fayard en 1990).
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« Cependant la brigade Dupré, transportée d'Épinal. à Bruyères par le chemin de fer, monte, le 5, vers la Bourgonce. Elle se compose du 32e de marche (3600hommes environ) sous le lieutenant- colonel Hocédé, du 34e mobile (Deux-Sèvres, 3500 hommes) commandé par le lieutenant-colonel Rouget de Gourcez, et de la 18e batterie du 14e d’artillerie (3 pièces de 4), ayant pour chef le capitaine Delahaye.
[…] Le général Dupré, sans se troubler, prend ses dispositions pour faire face à l’orage. Posté dans un petit bois qui couvre La Salle, il y appelle le bataillon Brisac, les mobiles des Vosges et des Deux-Sèvres qui se trouvent à proximité, et de ce point central, il parvient à paralyser l’effort de l’ennemi jusqu’à 4 heures du soir. C’est dans cette lutte suprême qu’il tomba grièvement blessé. Bientôt les allemands, qui ont pris la supériorité à gauche et à droite, au bois du Ham et à Nompatelize, menacent d’envelopper les défenseurs de La Salle, et nous nous mettons en retraite, dans le plus complet désordre, il faut le reconnaître sur Mon-Repos. Le mouvement se fait sous la protection d’un lieutenant du 32e de marche, qui avait rallié quelques hommes aussi braves que lui-même et les avait placés dans une position excellente, sur les bord d’un ravin.»
(Texte extrait de « L’Armée de l’Est relation anecdotique de la campagne de 1870-71 » de Grenest édité en 1895).
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« Arrivé à Épinal le 4 octobre 1870, le général Dupré se dirigea aussitôt dans la direction de l’ennemi : le 6 au matin, il rejoignit entre la Bourgonce et Nompatelize le 2e bataillon des mobiles de la Meurthe, un bataillon et demi des Vosges, et quelque compagnies de francs-tireurs. Ces diverses troupes étaient à peine réunies, que les allemands furent signalés, c’était la brigade Degenfeld qui opérait sur Dié le mouvement qui lui avait été prescrit. Les Badois marchaient sur deux colonnes : 2 bataillons, 1 escadron, 10 pièces par la route de la Voivre ; 2 bataillons, un demi escadron et deux pièces vers Nompatelize, un bataillon en soutien à Étival. […] A une heure, le général Dupré ordonne de reprendre l’offensive sur toute la ligne. « C’est à peine, écrit le capitaine Löhlein, si nous pûmes nous maintenir, en déployant toute l’intrépidité dont nous étions capable. A l’aile droite, le ferme en feu de Lehau retomba au pouvoir de l’ennemi… la position du général Degenfeld était alors critique, la défaite de son détachement isolé eût amené un désastre, à cause de la supériorité numérique des français, et de la disposition du terrain. »
Malheureusement, vers deux heures, quelques renforts arrivent aux allemands de Raon-L’Etape : nous faiblissons à la fois sur tous les points, après nous êtres longtemps maintenus, et après un combat de sept heures, la retraite est ordonnée dans la direction de Bruyères. L’ennemi ne poursuit pas nos troupes, il y a 22 officiers et 318 hommes hors de combat. De notre côté, les pertes atteignent environ 1000 hommes : le général Dupré est parmi les blessés.
(Texte extrait de « Histoire de la guerre franco-allemande 1870-71 » d’Amédée Le Faure).
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« Le général Cambriels, quoique imparfaitement guéri d’une grave blessure à la tête reçue à Sedan, avait accepté le commandement d’une armée en voie de formation du côté de l’Est et dont le quartier général s’établit à Épinal. Ignorant que les allemands étaient déjà en force sur les pentes occidentales des Vosges, le général Cambriels ordonna au général Dupré de se diriger vers Lutzelbourg avec sa brigade, composée du 32e de marche, fort de 3600 hommes, du régiment des mobiles des Deux-Sèvres, fort de 3500, et d’une batterie d’artillerie. A Raon, il rallia le 2e bataillon de la Meurthe, un bataillon et demi des Vosges et environ 350 francs-tireurs qui portèrent son effectif à 9500 hommes. Ces troupes, composées d’éléments excellents, n’avaient malheureusement aucune instruction ; de plus leur armement était défectueux et manquait d’uniformité. Malgré ces désavantages matériels, elles se comportèrent vaillamment et ne reculèrent qu’après avoir infligé à l’ennemi une perte de plus de 400 hommes. Le général Dupré perdit environ 600 tués ou blessés et laissa entre les mains des Badois 6 officiers, 367 soldats de la ligne et 215 gardes nationaux ; lui-même avait reçu une balle dans le cou. »
(Texte extrait de « La guerre de 1870-71 » de A. Wachter édité en 1873).
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Combat de la Bourgonce.- De son côté, le général de Werder, en possession maintenant des instructions de M. de Moltke, avait résolu de suivre avec tout son monde le mouvement offensif du général de Degenfeld. Les ordres qu’il donna pour le 6 étaient les suivants : la division badoise, concentrée autour de Mützig, devait se porter sur Saint-Dié et Étival ; les autres troupes du XIV° corps suivraient jusqu’à Schirmeck, puis marcheraient de là sur Raon-l’Etape par Raon-sur-Plaine. Quant à la fraction commandée par le général de Degenfeld, devenue avant-garde du corps d’armée, elle gagnerait Saint-Dié, ou, couverte par des partis jetés vers le sud et l’ouest, elle réquisitionnerait les approvisionnements nécessaires aux troupes. L’intention du général Dupré étant, ce même jour, d’entamer son mouvement offensif dans la direction du Donon, les dispositions prises de part et d’autre devaient fatalement amener une rencontre. Elle se produisit, en effet.
A huit heures et demi du matin, le 6 octobre, les troupes françaises se mettaient en marche sur trois colonnes : à droite, le lieutenant-colonel Dyonnet, du 58e mobiles (Vosges), se dirigeait par Nompatelize sur Étival avec trois bataillons et demi et deux pièces ; à gauche, le lieutenant-colonel Rouget, du 34e mobiles (Deux-Sèvres), s’avançait sur le même point par Saint-Rémy, à la tête de deux bataillons et demi et deux pièces ; au centre enfin et un peu en arrière, marchait, formant réserve, une colonne de trois bataillons et deux pièces, aux ordres du lieutenant-colonel Hocédé, du 32e de marche. Dans le même temps, le général de Degenfeld, qui n’avait laissé à Raon-l’Étape et à Étival que deux bataillons et un escadron pour garder les débouchés des Vosges, s’avançait avec tout le reste de ses forces par les deux rives de la Meurthe ; il s’attendait à une rencontre sérieuse, car depuis plusieurs jours déjà Saint-Dié lui avait été signalé comme le foyer principal du mouvement de résistance armé des populations de la région, c'est-à-dire qu’il se faisait précéder pars des patrouilles nombreuses. A peine celle-ci débouchaient-elles dans la combe de Nompatelize, vers huit heures, qu’elles essuyaient déjà des coups de fusil de nos avant-gardes. Mais le brouillard était tel qu’il n’y avait pas possibilité de prendre des dispositions quelconques. A neuf heures seulement, on commença à y voir clair.
Sur ces entrefaites, les troupes du colonel Dyonnet avaient occupé Nompatelize, malgré les obus allemands qui commençaient à tomber sur le village ; elles garnissaient également les hauteurs environnantes. Les allemands dirigèrent aussitôt de ce côté un bataillon de fusiliers, tandis qu’un autre bataillon, marchant sur Barville et dans la direction des Feignes, menaçait notre flanc droit, et obligeait les mobiles de la Meurthe à se déployer entre ce dernier point et Nompatelize, qui se trouva démuni d’autant. Profitant de cette circonstance, l’ennemi fit canonner le village par ses deux pièces, puis lança sur lui deux compagnies de fusiliers, qui s’emparèrent de la partie nord ; les deux autres, pendant ce temps, appuyaient vers la Salle et engageaient le combat avec la colonne du colonel Rouget, en marche dans la direction de Saint-Rémy. Enfin, le bataillon badois qui s’était avancé sur les Feignes enlevait, avec deux compagnies, la lisière nord de ce hameau, et, avec les deux autres, la partie sud de Nompatelize, encore occupée par deux compagnies de mobiles des Vosges.
Chassés de leurs deux points d’appui, les troupes du colonel Dyonnet, sauf deux compagnies du 32e de marche qui tenaient encore dans la partie sud des Feignes, avaient pris position un peu en arrière, à la lisière des bois des Jumelles. Le général Dupré renforça alors leur faible artillerie par les deux pièces de la réserve et essaya de les reporter en avant ; mais elles étaient trop ébranlées par la secousse qu’elles venaient de subir, et il lui fut impossible, au moins pour l’instant, de les déterminer à ce retour offensif.
De son côté, le colonel Rouget avait, malgré la fusillade dirigée sur lui, continué de marcher et fait occuper un instant Saint-Rémy. Il ne pur s’y maintenir car, en présence de l’intensité croissante du combat, le général de Degenfeld s’était empressé de faire passer successivement sur la rive gauche la majeure partie de la colonne qui marchait sur l’autre rive, et même d’appeler sur le champ de bataille les troupes laissées en arrière pour couvrir les débouchés des Vosges. Celles-ci arrivèrent les premières ; un bataillon des grenadiers du corps badois, accouru d'Étival, reprit tout d’abord Saint-Rémy aux mobiles des Deux-Sèvres. Peu de temps après, d’autres contingents, venus de la rive droite, se joignaient aux grenadiers et repoussaient les retours offensifs, cependant assez vigoureux, que, sur l’ordre du général Dupré, le colonel Rouget avait successivement tentés avec l’appui de deux bataillons du 32e de marche, envoyés de la réserve. Il fallut se replier d’abord sur la Salle, puis sur la Bourgonce (midi et demi) ; la ferme attitude de l’artillerie permit à cette retraite de s’effectuer sans trop de désordre, et contint les progrès de l’ennemi.
Cependant les renforts commençaient à arriver en nombre au général de Degenfeld. De la rive droite de la Meurthe, où ne restaient que trois compagnies qui poussèrent jusqu’à Marzelay, un bataillon s’était porté droit de la Voivre sur les Feignes et avait amené l’évacuation complète du hameau ; d’autres contingents avaient poussé jusqu’à Sauceray, où ils menaçaient gravement notre aile droite ; enfin, les effets de l’artillerie allemande s’étaient très sensiblement accrus par l’arrivée successive, depuis onze heures, de huit pièces qui, après avoir à peu près éteint le feu des nôtres, s’étaient réunies aux deux primitivement en action au nord-ouest de Nompatelize pour canonner à la fois le village en flammes et le bois des Jumelles. La situation de nos soldats, refoulés dans ce bois, devenait grave ; ils étaient fusillés de l’est et du nord par les tirailleurs ennemis qui s’étendaient de Nompatelize à Sauceray, et très violemment canonnés par dix pièces allemandes auxquelles quatre seulement répondaient à peine ; enfin le mouvement débordant de l’ennemi sur leur aile droite allait sans cesse s’accentuant. Fort heureusement ; celui-ci, impressionné par ce qu’il a appelé notre « supériorité numérique », ne jugea pas prudent de pousser plus loin son offensive ; il ralentit graduellement son feu et resta sur les positions qu’il occupait, sans chercher à déboucher. Ce que voyant, le général Dupré crut le moment arrivé de profiter d’une aussi inconcevable mollesse, et donna l’ordre de reprendre l’attaque sur tout le front. Lui-même se mit à la tête de bataillon de la Meurthe, qui, garnissant le bois des Jumelles, avait encore une poignée d’hommes dans Nompatelize, réoccupé sur une très faible partie, et il entraîna tout le monde en avant.
Électrisé par son exemple, nos conscrits sortent à la fois du bois de Saint-Benoît, du bois des Jumelles et du village de la Salle ; les deux pièces de la Bourgonce, celle de la hauteur des Jumelles encore en état de faire feu accompagnent de leurs obus cette brusque contre-attaque, et qui ne trouve devant elle qu’une ligne de compagnies badoises sans consistance et sans profondeur. L’ennemi, surpris et déconcerté, abandonne le hameau de Han en flammes, et recule dans un bouquet de bois situé plus au nord, où il se voit bientôt menacé sur son flanc droit par les troupes du colonel Rouget, revenues jusqu’aux abords de saint-Rémy. Sa situation devient instantanément très périlleuse, et il va peut-être se trouver contraint à une retraite générale, quand, très à propos pour lui, débouchent à ce moment sur le champ de bataille trois compagnies de grenadiers et un peloton de dragons arrivant de Raon-l'Étape (deux heures et demie), ainsi que deux pièces restées jusque-là à la Voivre. Couvrant alors son flanc sur Saint-Rémy au moyen de toute sa cavalerie disponible, le général de Degenfeld lance les grenadiers en avant, vers la Salle et la Bourgonce, c'est-à-dire contre le centre même de la ligne formée par les français.
Le général Dupré, voyant le danger, avait aussitôt massé en avant du village de la Salle ce qu’il avait à sa portée, des mobiles de la Meurthe, des Deux-Sèvres, des Vosges, plus quelques gardes nationaux accourus des environs. Ces braves gens résistèrent avec une remarquable opiniâtreté et, pendant plus d’une heure, réussirent à tenir l’ennemi en échec. Mais, vers quatre heures, le général Dupré qui était l’âme de cette résistance, dut abandonner le champ de bataille, grièvement blessé. A ce moment les badois, maîtres de Han et de la Valdange, débordaient la Salle à l’est et à l’ouest ; le 32e de marche, après plusieurs attaques infructueuses contre Nompatelize et une défense pied à pied du bois de Jumelles contre toute l’aile gauche badoise, reculait sur la Bourgonce, découvrant ainsi complètement le flanc droit des mobiles, sur lequel les contingents ennemis, qui descendaient les pentes occidentales du bois de Jumelles, faisaient déjà pleuvoir une grêle de projectiles. Il n’était plus possible de tenir. La Salle fut évacuée, et, bientôt après, la Bourgonce ; nos jeunes troupes, épuisées par cette longue lutte de sept heures, se replièrent à la faveur des bois, et sous la protection de quelques hommes du 32e de marche, dans la direction des Bruyères laissant sur ce terrain si chaudement disputé 65 officiers (dont 5 tués), 242 hommes (dont 24 tués) et 539 disparus. Elles avaient combattu avec honneur, car nullement exercées pour la plupart au maniement du fusil, à jeun depuis la veille au soir, exténuées par trois nuits passées en chemin de fer et un quatrième en marche ou au bivouac, elles s’étaient cependant montrées pleines d’ardeur et de bravoure, et avaient failli un moment bousculer les bataillons de vieux soldats qui leur étaient opposés. En tout cas, elles avaient épuisé à ce point l’adversaire qu’il se reconnaissait incapable de les poursuivre, et bivouaquait, à bout de forces, sur le champ de bataille. Lui-même avait perdu 25 officiers et 411 hommes, dont 5 officiers et 92 hommes tués.
(Texte extrait de « Histoire populaire de la guerre de 1870-71 » par le Lt-Colonel Rousset).