[...]" Le 27 janvier, les journaux annoncèrent que nos subsistances étaient épuisées et que nous avions perdu tout espoir de vaincre. Il n'y avait plus à compter sur nos armées de province, dont l'une avait été refoulée sous les murs de Lille, l'autre jusqu'à Laval, et la troisième, acculée aux frontières de l'Est, s'était réfugiée sur le territoire suisse. Le Gouvernement se trouvait donc dans la nécessité absolue d'entrer en négociation avec l'armée allemande, afin d'obtenir un armistice, pendant lequel le pays élirait une Assemblée qui pourrait traiter de la paix au nom de la France entière. On était écrasé sous le poids de l'inexorable fatalité. C'était la fin du sacrifice. M. Dubois, qu'une profonde douleur étreignait, lut à sa famille la proclamation suivante signée des membres du Gouvernement :
Citoyens,
La convention qui met fin à la résistance de Paris n'est pas encore signée, mais ce n' est qu'un retard de quelques heures.
Les bases en demeurent fixées telles que nous les avons annoncées hier :
L'ennemi n'entrera pas dans l'enceinte de Paris.
La garde nationale conservera son organisation et ses armes ;
Une division de douze mille hommes demeure intacte ; quant aux autre troupes, elles resteront dans Paris, au milieu de nous, au lieu d'être, comme on l'avait d'abord proposé, cantonnées dans la banlieue. Les officiers garderont leur épée.
Nous publierons les articles de la convention aussitôt que les signatures auront été échangées et nous ferons en même temps connaître l'état exact de nos subsistances.
Paris veut être sûr que la résistance a duré jusqu'aux dernières limites du possible. Les chiffres que nous donneront en sera la preuve irréfragable, et nous mettons qui que ce soit au défi de les contester.
Nous montrerons qu'il nous reste tout juste assez de pain, pour attendre le ravitaillement et que nous ne pouvions prolonger la lutte, sans condamner à une mort certaine deux millions d'hommes, de femmes et d'enfants.
Le siège de Paris a duré quatre mois et douze jours ; le bombardement un mois entier. Depuis le 15 janvier, la ration de pain est réduite à 300 grammes ; la ration de viande de cheval depuis le 10 décembre n'est que de 30 grammes. La mortalité a plus que triplé. Au milieu de tant de désastres, il n'y pas eu un seul jour de découragement.
L'ennemi est le premier à rendre hommage à l'énergie morale et au courage dont la population parisienne tout entière vient de donner l'exemple. Paris a beaucoup souffert, mais la République profitera de ses longues souffrances si noblement supportées. Nous sortons de la lutte qui finit, retrempés pour la lutte à venir. Nous en sortons avec tout notre honneur, avec toutes nos espérances ; malgré les douleurs de l'heure présente, plus que jamais nous avons foi dans les destinées de la Patrie ".
(Extrait de Histoire d'un enfant de Paris 1870-1871 Par Mme G. Mesureur édité par la Maison Quentin à Paris en 1888)